
Alarmant, choquant, explosif, sulfureux, puissant, choquant, accusateur… tous les adjectifs utilisés pour qualifier le rapport de l'ONU de plus de 500 pages sont loin de rendre toute l'horreur, tous les malheurs, toutes les atrocités subies par les victimes civiles. 617 crimes répertoriés, avec à la clé des dizaines de milliers de morts, dans ce rapport qui accuse, entre autres, notamment l'armée rwandaise de «nombreux actes de violence graves commis à l'encontre des Hutu en 1996 et 1997» - ces Hutu qui s'étaient réfugiés au Congo en raison de l'arrivée au pouvoir en 1994 à Kigali de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) qui avait mis fin à un génocide ayant fait environ 800 000 morts, selon l'ONU, surtout parmi la minorité tutsi. Un véritable inventaire d'atrocités et d'horreur commises au Congo dix années durant.
Génocide
Le Rwanda accusé de génocide, crime dont il a toujours accusé les autres, voilà qui blesse et fait irriter les autorités de Kigali qui qualifie ce rapport de «mauvais et dangereux du début à la fin, une insulte à l'histoire». À cause de ce «rapport inacceptable», qui met son pays en cause, selon Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, le Rwanda se réserve le droit de revenir sur ses engagements avec les Nations unies. La patronne de la diplomatie rwandaise accuse même le rapport de manque de crédibilité, estimant que «le Rwanda ne peut pas être accusé par des personnes anonymes».
En août, en raison des fuites de ce rapport dont la publication a été retardée à cause d'une vive controverse - question de laisser le temps aux «États concernés» de faire des commentaires qui seront ajoutés au document - les autorités rwandaises ont menacé de retirer leurs 3 550 soldats de la paix au Soudan. Ensuite, la visite éclair au Rwanda du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a contribué à faire baisser l'irritation de Paul Kagamé dont le gouvernement a confirmé par la suite qu'il maintiendrait ses troupes dans le cadre de la mission de maintien de la paix au Soudan.

L'Angola a également réagi de la même façon. Luanda se dit «particulièrement outragé» et rejette les «accusations» d'exécutions sommaires et de viols.
Un rapport qui est «clairement destiné à déstabiliser la sous-région…», voilà des arguments de nature à faire infléchir les positions des uns et des autres pour les amener à ne pas aller plus loin que la seule publication du rapport pour éviter que la sous-région, déjà instable, ne puisse basculer dans une crise sans fin.
L'opposition rwandaise demande un tribunal international

Rapport bien accueilli

Pour l'auteur du rapport, Navanethem Pillay, Haut Commissaire aux droits de l'homme, «Ce rapport reflète l'engagement des Nations unies à aider le gouvernement du Congo dans ses efforts pour éradiquer la culture de l'impunité qui a permis les violences sexuelles et d'autres graves violations des droits de l'homme».
Pour Amnesty International, la publication du rapport constitue «un premier pas significatif», mais l'organisation réclame «des actions concrètes» pour que les responsables soient jugés. L'ONG estime par ailleurs «assez scandaleux que des pays africains dénigrent le travail de l'ONU».
Pression politique inacceptable

Le rapport publié, le plus dur reste à faire. Il incombe aux autorités congolaises de pousser sur l'accélérateur en vue de prouver que ces actes sont des crimes de génocide. C'est la compétence d'un tribunal spécial qui doit, selon un diplomate, statuer au cas par cas. Cela établi, il revient à la justice internationale de faire son travail en poursuivant les auteurs pour que l'on ne parle plus d'impunité dans ce pays qualifié de «royaume de viols».
Ileka Atoki, ambassadeur du Congo auprès des Nations Unies a accueilli favorablement le rapport onusien, qualifiant le document de «détaillé» et de «crédible» qui démontre, selon lui, «l'horreur indicible et l'étendue des crimes que le peuple congolais a endurés».
Le ministre congolais de la Justice, Luzolo Bambi, a également salué ce rapport en demandant à la communauté internationale d'aider son pays à acquérir les moyens matériels et financiers pour lui permettre de réformer la justice congolaise.
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Si le rapport, selon certains pays incriminés, est un «condensé de rumeurs» fait de manière non objective, pourquoi ces pays ont fait pression pour empêcher la publication de ce rapport qui dérange quand même? Ce n'est vraiment la publication de ce rapport qui va favoriser l'embrasement de la sous-région, épouvantail avancé par le Burundi. La réalité cruelle que ces pays incriminés veulent étouffer, c'est que la paix durable dans la région des Grands Lacs doit nécessairement passer par la lumière qui doit être faite sur tous les crimes qui ont été perpétrés pas seulement au Congo, mais dans toute la sous région.
Mais il faut que, pour ce rapport, le Congo, qui a perdu environ 5 millions de ses fils et filles, fasse pression pour que la Communauté internationale passe de la simple élaboration du rapport (décompte macabre) au jugement des auteurs au cours des procès que les Congolais attendent impatiemment. En effet, la publication dudit rapport prouve qu'au Congo, des crimes de génocide, de graves violations des droits de l'Homme et du droit humanitaire international ont effectivement été commis.
par Kléber Kungu, L'Obsérvateur de Kinshasa
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